Monsieur Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec
Madame Christine Fréchette, cheffe de la Coalition avenir Québec
Monsieur Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec
Monsieur Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois
Madame Ruba Ghazal et monsieur Sol Zanetti, co-porte-paroles de Québec solidaire
En 2001, le Québec a posé un geste audacieux et profondément visionnaire. Il adoptait la Politique de reconnaissance de l’action communautaire autonome, intitulée L’action communautaire : une contribution essentielle à l’exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec. Par cette politique, le gouvernement reconnaissait officiellement le rôle fondamental des organismes d’action communautaire autonome dans notre société. Il établissait une relation unique entre l’État québécois et le milieu communautaire autonome.
En juillet 2026, cette politique célébrera ses 25 ans. Cet anniversaire doit être souligné à sa juste valeur. Il nous invite à rappeler la portée de cette innovation sociale québécoise, à mettre en lumière son caractère unique dans le monde et à reconnaître tout ce qu’elle a permis de construire depuis un quart de siècle. Il nous oblige aussi à constater, avec lucidité, que plusieurs de ses objectifs demeurent encore inachevés.
L’autonomie : un puissant moteur d’empuissancement collectif
Ce qui rend cette politique si précieuse, c’est la reconnaissance de l’autonomie des organismes. Cette autonomie permet aux groupes de définir eux-mêmes leur mission, leurs approches, leurs pratiques et leurs priorités, en fonction des réalités vécues dans leurs communautés. Ce sont les membres, les personnes concernées et les citoyennes et citoyens engagés qui déterminent collectivement les réponses à apporter aux besoins de leur milieu.
Pour rendre cette autonomie possible, le gouvernement accorde un financement à la mission globale. Ce mode de financement, distinctif au Québec, permet aux organismes de faire de la prévention, de l’éducation populaire autonome, de la défense collective des droits et de travailler pour avoir davantage de justice sociale. Il leur permet d’agir sur les causes des inégalités, et non seulement sur leurs conséquences. Cela permet de sortir d’une logique de compétition et de volume de personnes rejointes. On valorise ainsi les processus et le temps de qualité avec les personnes.
Voilà toute la force de l’action communautaire autonome: des organismes financés par l’État québécois, mais libres de définir leurs actions et leurs orientations en cohérence avec leur mission et les besoins de leur communauté. En contrepartie, ils rendent des comptes avec rigueur sur l’utilisation des fonds publics et sur les impacts de leurs actions.
Cette relation repose sur la confiance. Elle reconnaît la capacité des communautés à développer des réponses adaptées aux réalités qu’elles connaissent le mieux. Elle permet d’innover, de lutter contre la pauvreté et l’exclusion, de créer des espaces d’accueil et d’appartenance, de renforcer le tissu social et d’améliorer notre filet collectif de solidarité.
Les avancées pour les droits des femmes, des personnes LGBTQ+, des personnes handicapées, des familles, des personnes aînées et de nombreuses autres communautés en témoignent concrètement.
En choisissant de financer les organismes communautaires autonomes, le Québec a fait un véritable choix de société. Un choix distinct des modèles reposant principalement sur la charité ou la philanthropie comme au Canada Anglais et aux États-Unis. Nous avons choisi un État qui reconnaît sa responsabilité envers le mieux-être collectif et qui s’appuie sur des communautés fortes, libres et engagées. Une autre façon d’affirmer que la nation québécoise sait créer des modèles à son image.
La participation citoyenne pour renforcer la démocratie
Dans les organismes communautaires autonomes, les personnes ne sont pas de simples utilisatrices de services. Elles sont des citoyennes et des citoyens qui reprennent du pouvoir sur leur réalité et participent activement à la transformation de leur milieu.
Les organismes collectivisent les enjeux sociaux. Ils créent des espaces de parole, des comités, des assemblées et des lieux de réflexion collective. Ils soutiennent l’engagement citoyen, nourrissent les débats démocratiques et permettent aux personnes concernées de participer aux décisions qui les touchent. Leurs conseils d’administration sont composés de personnes engagées dans la mission et enracinées dans leur communauté.
C’est là que la démocratie se vit concrètement, au quotidien.
Dans une société marquée par la polarisation, l’isolement et la méfiance envers les institutions, les organismes communautaires autonomes agissent comme de puissants vecteurs de cohésion sociale. Pourtant, ce rôle essentiel demeure trop souvent sous-estimé. Trop fréquemment, les organismes sont perçus uniquement comme des fournisseurs de services, alors qu’ils sont des lieux d’apprentissage démocratique, de mobilisation citoyenne et de transformation sociale.
Avec un financement adéquat et pérenne, ils pourraient consacrer davantage de temps et d’énergie à ces dimensions fondamentales pour l’avenir de notre démocratie.
Un modèle unique qui mérite d’être davantage promu
Les retombées sociales et économiques de l’action communautaire autonome sont largement reconnues. Les organismes renforcent le pouvoir d’agir individuel et collectif. Ils préviennent des situations qui coûtent cher au réseau public. Ils défendent les droits, améliorent la justice sociale, favorisent l’inclusion et créent des emplois de qualité partout au Québec.
Investir dans les organismes communautaires autonomes n’est pas une dépense, c’est un investissement dans le Québec que nous voulons bâtir.
Selon le Réseau québécois de l’action communautaire autonome, plus de 54 000 personnes y travaillent, sans compter les milliers de bénévoles et de personnes engagées qui contribuent pour le bien commun. Imaginez tout ce que ces forces vives pourraient accomplir avec un financement adéquat pour le Québec.
Notre attente : des engagements clairs et chiffrés pour la prochaine campagne électorale
Pour souligner les 25 ans de la Politique de reconnaissance de l’action communautaire autonome, nous demandons à tous les partis politiques québécois de prendre des engagements clairs, publics et chiffrés afin de renforcer durablement ce modèle unique.
Nous demandons notamment :
• un rehaussement majeur du financement à la mission globale dès la mise à jour budgétaire de l’automne 2026.
•la reconnaissance, la valorisation et le respect de l’autonomie des organismes communautaires autonomes, de leur rôle de transformation sociale et leurs pratiques citoyennes ;
Le Québec a créé un modèle unique. Après 25 ans, il est temps de le célébrer et de lui donner les moyens de déployer pleinement toute sa force.
Hugo Valiquette, citoyen de Lanaudière
Mélissa Marcil, citoyenne de Lanaudière







